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Le document du mois de septembre

Des garennes à lapins du Moyen Âge à Val-Suzon


une_092017_R_LANDOIS_garenne_3.JPGAu mois de mai 2017 a eu lieu la première fouille archéologique en Bourgogne ciblant spécifiquement des « garennes à lapins » situées dans la forêt communale de Val-Suzon à proximité du hameau de Sainte-Foy. L'interprétation de ces structures médiévales singulières s'est faite grâce à un document du XVIe siècle conservé aux Archives départementales de Côte-d'Or.

 

 

 

Qu'est ce qu'une « garenne à lapins » ?

  

Une garenne est une construction généralement médiévale et liée à un privilège seigneurial ; elle est destinée à l'élevage de lapins en semi-liberté. Il s'agit de galeries artificielles creusées par l'homme qui sont ensuite recouvertes de pierres puis de terre pour former une petite butte logeant les terriers des animaux. Ces structures sont connues des historiens puisqu'on en retrouve dans plusieurs parcs de chasse du Moyen Âge grâce aux archives.

 

 

 

Une découverte de structures mystérieuses sous forêt en 2016

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Le site de Sainte-Foy a été découvert en 2016 par Rémi Landois, doctorant en géoarchéologie à l'Université de Bourgogne France-Comté, grâce à une prospection LiDAR, une technologie qui permet notamment d'étudier la topographie du sol sous la végétation. Elle a révélé cinq mystérieux monticules rectangulaires regroupés en bordure de forêt. Si d'autres structures avaient déjà été repérées et identifiées de la même manière dans le Val Suzon, la morphologie de ces tertres ne renvoyait à aucune structure connue jusqu'alors. Il semblait cependant évident qu'ils n'étaient pas d'origine naturelle.

 

 

L'hypothèse des garennes grâce aux archives

une_092017_FRAD021_35FI_Val_Suzon_Sainte-Foy_SW_1993_08_21.jpgUn premier indice d'interprétation est arrivé grâce à des recherches menées aux Archives départementales, à travers un document du XVIe siècle. Il s'agit de la retranscription dans un cartulaire, d'une sentence rendue au bailliage de Dijon le 2 juillet 1568. Cette décision de justice fait suite à un conflit d'usages entre les religieux de la Sainte-Chapelle de Dijon, alors seigneurs de Val-Suzon, et les habitants de la commune voisine d'Étaules. Ces derniers bénéficient d'un droit de vaine pâture sur le finage de Val-Suzon, leur permettant d'envoyer paître leur bétail dans les bois des seigneurs. Les habitants estiment pouvoir en faire de même dans les bois et buissons que les religieux possèdent près de Sainte-Foy et qu'ils appellent « garenne ». Mais ces derniers s'y opposent.

Ce document relate les arguments des deux parties. Les habitants d'Étaules y voient un terrain parfaitement adapté pour le pâturage de leurs animaux. Ces versants boisés de la vallée du Suzon sont exposés au Sud et protègent le bétail « de vent et froidure », chose « fort commode en tems dhiver pour les moutons et menues bestes ». Les religieux de la Sainte-Chapelle quant à eux s'inquiètent pour leur garenne : le pâturage n'est pas compatible avec l'élevage des lapins « sous peine de la detruire et ruiner ». Ils ne manquent d'ailleurs pas de dénoncer le braconnage des habitants à cette occasion, affirmant avoir trouvé des « lassets et engins propres a prendre lapins » dans leur garenne ou encore que les habitants « avoient vendu et vendoient encore ordinairement des lapins en cette ville de Dijon ».

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Une combinaison des recherches archéologiques et historiques fructueuses
 

 

Si, dans ce texte, la présence de « garennes à lapins » est mentionnée à proximité du hameau de Sainte-Foy, leur localisation n'est pour autant pas donnée avec précision. Afin de vérifier la correspondance avec les structures repérées près de Sainte-Foy, un sondage archéologique a été programmé sur l'un des tertres. Il a mis au jour un ensemble de dalles calcaires juxtaposées dessinant un réseau géométrique de galeries et de chambres souterraines, confirmant ainsi l'existence de garennes dans le Val Suzon. Celles-ci datent au moins du XVIe siècle d'après les archives mais leur construction est certainement plus ancienne.

Rémi LANDOIS, doctorant en géoarchéologie, UMR ARTEHIS 6298 - Université de Bourgogne France-Comté.
remi.landois@u-bourgogne.fr


ADCO, Cartulaire 45 (G 1224), p. 329-341
ADCO, fonds René Goguey, 35 FI [à compléter]
Photographies de la fouilles à Val-Suzon, mai 2017

 

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